Soirée rencontre avec Yaël BENAYOUN

À la fois regard extérieur et inspirant, les Grand·e·s Témoins participent aux ateliers en journée aux côtés des autres participant·e·s et viennent partager leur expérience lors d’une interview publique en soirée autour d’un verre. Qu’elles soient journalistes, entrepreneuses, makeures ou qu’ils soient chercheurs, auteurs, influenceurs … ce sont celles et ceux qui inspirent le Turfu Festival et le questionnent par leurs réalisations, leurs expérimentations.

Une occasion unique de mieux percevoir les enjeux et valeurs qui animent ces personnes engagées, chacune à leur façon, dans la construction d’un futur responsable et désirable.

Yael BENAYOUN :

Yaël est consultante et chercheuse indépendante en sociologie. Elle est cofondatrice de l’association technocritique Le Mouton Numérique et autrice avec Irénée Régnauld de Technologies partout, démocratie nulle part : Plaidoyer pour que les choix technologiques soient l’affaire de tous (FYP, 2020). Elle est également co-animatrice de Questions d’Asso, un podcast consacré à la vie associative, par et pour les asso.

Démocratie alimentaire

Quelle recherche participative mettre en œuvre pour éclairer les enjeux mais surtout des solutions face aux problématiques soulevées par la démocratie alimentaire ?

Suite à la deuxième période de confinement, on estime que 8,5 millions de personnes en France accèdent à l’alimentation par l’aide alimentaire, y compris la jeunesse étudiante ! 

Ce constat qui ne semble pas nous alarmer entérine pourtant ce modèle comme seule réponse au droit alimentaire. 

L’aide alimentaire devient filière et profite à des structures qui y écoulent leurs surplus avant de bénéficier aux professionnel·le·s agricoles, dont certains sont par ailleurs obligés de faire appel à cette même aide alimentaire faute de revenu correct. Des aliments à bas coût et de moindre qualité sont même produits spécifiquement pour l’aide alimentaire qui est devenue un marché alors qu’en parallèle le terme de “malbouffe” présuppose que la population, et notamment les plus pauvres, ne savent pas manger. 

C’est dans ce contexte que plusieurs initiatives éclosent, en France comme dans le monde, qui proposent de penser l’alimentation comme un des nouveaux droits sociaux qui ne se consacre pas uniquement à la finalité de donner accès à la denrée alimentaire mais questionne aussi les conditions d’accès à l’alimentation. Car prendre l’alimentation comme objectif d’organisation, c’est prendre part à l’organisation de la société et du système. 

C’est à partir de ce constat que le concept de « démocratie alimentaire » prend toute sa force. Il représente la revendication des citoyens à reprendre le pouvoir sur la façon d’accéder à l’alimentation, dans la reconnexion entre celle-ci et l’agriculture. 

La démocratie alimentaire émerge comme un terreau particulièrement propice à la construction d’une nouvelle citoyenneté, dans laquelle chacun·e·s retrouve les moyens d’orienter l’évolution de son système alimentaire à travers ses décisions et pas uniquement les actes d’achat. Il invite également à penser à l’échelle des territoires, villes et bassins alimentaires où nous vivons les systèmes alimentaires locaux. 

C’est dans ce cadre que l’Épi Vert, épicerie solidaire du chemin vert à caen,  en collaboration avec Dominique Paturel, chercheuse INRAE dans le laboratoire “Innovation et Développement dans l’Agriculture et l’Alimentation”,  proposent de poser les bases de ce que pourrait être une recherche participative interrogeant la question du droit alimentaire sur le territoire.

Cet atelier sera également l’occasion de soulever quelques problématiques, lieux communs et parfois des tabous sur la réalité de l’organisation et du vécu de l’aide alimentaire. Un atelier destiné aux acteurs actuels et futurs mais surtout aux bénéficiaires et usagers de l’aide alimentaire.

Transparence des dépenses publiques

L’association Anticor qui milite contre la corruption et pour une culture de la transparence de la gestion de l’argent publique, vous propose de poser les bases d’un programme de travail local sur le sujet.

Quelles sont les dépenses de votre mairie ? Combien votre municipalité dépense-t-elle pour l’entretien de ses locaux ? Pour ses dépenses événementielles ? Pour ses dépenses d’avocat ? Pour l’entretien de son parc auto ?

Dans les méandres de l’administration, c’est un véritable parcours du combattant que d’obtenir les données des dépenses communales, qui, lorsqu’elles sont recueillies apparaissent inexploitables : documents papier, tableaux scannés, sites Internet, rubriques non identiques. Cet état de fait conduit à l’absence d’études sur ce sujet qui de surcroît est perçu d’un mauvais œil par les autorités locales et plus particulièrement dans les petites communes.

Impossible de disposer d’informations claires et traçables sur les dépenses des mairies, contrairement à ce qui se passe ailleurs en Europe, notamment en Europe du Nord ou en Italie où les citoyens sont informés précisément de l’usage qui est fait de leurs impôts par leur mairie.

L’objectif final à atteindre serait à partir d’une procédure de recherche / collecte / restitution à élaborer, de pouvoir disposer des données de base de chacune des dépenses en vue de leurs analyses et publications.

Dans cet atelier, les personnes participantes auront l’occasion de controverser sur cet enjeu pour : 

  • argumenter, partager ou non l’objectif assigné
  • expliciter d’autres sujets similaires
  • définir des scénarios pour arriver à faire sauter l’opacité administrative

Cet atelier est proposé et animé par l’association Anticor https://www.anticor.org/ qui milite contre la corruption et en faveur de l’éthique en politique.